le calmant dans la langue

Vendredi c’était lundi avec des phrases du genre une histoire est arrivée hier et ce matin on ramasse une écume de mauvaise santé. Puis l’histoire continue samedi avec une céphalée et dimanche plus tard retourner d’être ivre avec une femme. 

comment continuer je dis je ne lui ai pas posé de questions.  lui, c’est à dire elle.

 

on ne sait pas au juste comment certaines choses arrivent plutôt que d’autres auxquelles on se croyait mieux préparé. la crainte que quelqu’un, justement, ne soit en train de redouter ça aussi.

 

j’avais mis sur mes mains un nouveau parfum et c'était bizarre comme ce parfum m’excitait comme si c’était elle à mes côtés, cette présence tout juste avec des mouvements de la main

c’est à dire

sur la droite à l’autre bout du bar elle a bougé une main, elle a gelé une seconde au moins, une demi seconde sans le son, la cigarette dévisse et tombe des lèvres, au bout du bar un éclat de rire lui saute au visage. 

 

insensé trouver un sujet pour commencer : les noms des gens ne sont pas toujours bien ajustés

vous ne trouvez pas ? 

 

oh comme vous m’avez fait rire tout à l’heure, vous savez, quand votre cigarette vous a quitté, vous étiez soudain tellement abandonné.

 

vous aimez le vin blanc elle demande oh mais qu’est-ce que c’est que ce truc interminable ?

c’est une phrase qui peut se lire dans les deux sens avec le doigt sur la ligne en lisant lentement. un sourire brillant et une virgule ample avec le bras suivez-moi, et je passe le doigt dans ses rides si profondes.

 

chemise repassée les faux plis effacés avec le pantalon gris c’est du meilleur effet. mais la veste jetée sur l’épaule c’est un peu sophistiqué non ? elle est du cachemire oh les hommes français sont tellement plus élégants.

 

ho mes amis sont là laissez moi vous introduire à eux. doucement les doigts au creux du coude comme je la regarde à nouveau quinze ans plus tôt un amour passionnant : ses rides sont si profondes maintenant.

 

les farces en langue privée, le dindon consentant, tout ça est très plaisant je dis en silence. j’attrape une épaule et on se prend la taille, c’est farandole disco chacun son numéro. si on fermait maintenant elle dit, si on restait entre nous à danser, Klaus a son ordi ambulant, il a du bon son et il reste du vin blanc 

c’est écrit là.

 

elle danse sans épuisement et elle demande quelle musique j’aimerais danser à présent. oh vous savez j’aime mieux la musique d’après danser vous voyez ?

 

j’ai toute licence je peux faire comme j'entends et rien de ce que je dirai ne sera retenu contre moi. dois-je expliquer, ou bien laisser proliférer ? comprendre n’a rien à voir avec ça, n’importe qui est capable de comprendre, n’importe qui aurait déjà pris ses claques et disparu, sauf moi.

 

comme on est en train de rigoler on ne voit rien arriver. le visage est tout près oh excusez-moi je n’ai pas retenu votre nom j’étais dans ma cuisse avec votre main posée dessus mais si vous insistez. elle veut bien redire son prénom mais pour la dernière fois elle s’appelle Claudia. 

elle est oui vraiment tout à fait désolée mais vos yeux vous trahissent aussi cher monsieur.

croyez moi, ça n’est pas dans mes habitudes mais le temps que ça dure maintenant qu’on y est s’il vous plait restez encore un peu. 

ok je reste là sans bouger 

je prends vos lèvres sans demander

je bouge pas de vous et moi, et nous tournons toujours à petits pas 

dans les jambes emmêlées je pense oh si ça pouvait durer, 

 

et justement, ça dure. 

 

ce qu’il faut de pensée à propos d’être tiré par le bras et d’un sourire entendu, les cheveux dans les yeux, trois petits tours et puis comme ça elle guide ma main sur son sein opposé. Elle dit c’est absurde on se connait ?

une petite remontrance au bas d’une caresse, la pression des doigts, et maintenant voilà. Oui voilà. Vous ne savez pas très bien ce que vous faites et moi non plus, je ne vous pose pas de questions, vous embrassez si bien et vous aussi.

 

j’aime vos caresses et votre langue si douce et votre accent troublant c’est mon penchant.

 

on dit qu’il faut bien réfléchir à ce qu’on fait, à ce qu’on dit dans ces cas-là, et pas le genre d’excuses avec les mots des autres. ne restons pas plantés là. je souris comme après mentir, tout tremblant comme une supposition qu’elle ait compris, elle dit oui de la tête en hésitant, oui sans doute.

 

il est tard, vous n’aurez plus de train à cette heure là.

personne n’est forcé bien sûr, oui quelle importance on dit ça exactement en même temps. 

 

madame voici la bienvenue et je ne dis pas non ma belle mais sachez qu’ivre et sans façons, à vos côtés je dormirai quelques minutes et puis jamais. ça va durer encore quatre heures, peut-être cinq, et votre téléphone sonnera et je dormirai après au revoir. je vous laisse mon bras de toutes façons il n’est plus bon. Au lieu d’une attente il faudrait mettre une arrivée dans la tête comme un réveil avant le lever du jour.

 

un sommeil qui prend son souffle bien régulier, ça fait des chansons comme ça mais je retiens jamais l’air. pour me distraire je pense je vais vous faire des caresses entre le bas et le t-shirt, on verra bien alors ce qui se passera.  

 

dans l’enfance, vous désirez ? le plus dur après coup c’est trier là dedans, à qui sont ces enfances dans le remue ménage ? j’ai retrouvé le truc dans une vieille chanson good night sleep tight, tout devient clair c’est ce qu'il y a de bon avec des chansons d’avant.

 

pas de sommeil dans la céphalée mais plutôt ce qui serait assez drôle maintenant ce serait de me dresser d’un coup et de gueuler très fort des phrases entières dans ma langue natale avec des moulinets de bras tu piges que dalle. et puis je m’excuserai en disant non non j’ai rêvé.  

 

je me dresse un peu sur les coudes et je la regarde peser et je me dis elle rêve dans sa langue allemande ça doit faire des bruits de forêt après la pluie, de mousse sur la roche et de chêne humide. je peux la regarder aussi longtemps que je veux et penser ce que je veux elle n’en saura rien, elles est toute enterrée au fond, et moi au dehors si je soulève une mèche de cheveux, si je déborde une épaule, si je fourre mon nez dans la nuque parfumée, tout ce royaume est pour moi c’est l’or du rhin. 

 

je me dis ça c’est le corps et je touche un peu c’est le corps et si c’est le corps alors elle, où est-elle ? elle a fondu là dedans avec les enzymes et l’alcool, elle est tout au fond des forêts mouillées où personne ne la voit plus. je suis penché au dessus du corps d’elle et je cherche un nom de femme avec les prénoms d’avant, puis je me souviens mais comment fait-elle pour vivre, penser, agir tout le temps dans cette langue avec cet accent penchant ?

 

et j’ai peur de ne plus savoir à mon tour parler dans quelle langue ? mais parler c’est une chose, cet effort ; tandis que penser, c’est en quoi ? J’accentue un peu mes gestes pour arriver à dire une chose au moins avant de faire une catastrophe : elle ouvre un oeil au moment où ma main va se poser sur elle, je la retire vite fait avec un effet dans l’air, dans un film d’angoisse elle ne pose pas de questions et elle se rendort. 

et là je me dis c’est qui celle là, c’est claudia, c’est elle ce nom là ?

claudia, c’est ce corps ? 

le mot se dit : mal épelé votre nom. la phrase dit : remontez à ce corps claudia, quittez cette vie qui dort là. 

Qui est qui et qui n’est pas vraiment vous qui parlez dans ce jeu-là, elle demande et elle dit à la fin je dors laissez-moi je ne comprends pas.

 

par voie de fait et par enchaînement je m’en prends à toutes mes pensées, une à une. je dis je descends à la salle de bains où je me retrouve dans le miroir : je prends garde de m’éviter de plein pied. il est encore sept heures du matin, de ce côté là rien n’a changé. je vérifie que le frigo est bien vide comme dans ces livres des américains où les types ont mal aux cheveux et se grattent les couilles devant les portes des frigos pendant que les filles sont au pieu. je dis je remonte attendez, je viens oh bienvenue ici, avec tant de chaleur toute cette peau étale à la température idéale. 

 

oh même le visage doux et moi tout assommé je vais m’assoupir maintenant, et sur votre sein blanc laissez rouler ma tête toute sonore encore de vos derniers baisers.  

 

plus tard et d’une oreille j’entends remuer, adieu visage.

 

à ce signal Claudia je dis à votre guise mais souffrez que je vous laisse l’initiative. docile je sommeille déjà pour moitié. comblez-moi, je vous rendrai dans un moment s’il vous plait je vous promets, la pareille.

 

bonjour Claudia je dis avez-vous bien dormi. et ça la fait rire elle dit afé fou bian daurmiii. aujourd’hui est une journée blanche de coutume, je dis Claudia on est vernis, le frigo est plein.

 

ce sont des petits pains frais, du jus de fruit, des oeufs, du sucre et des confitures. tiens, la chanson de l’eau douce est dans la douche. je décide de réussir une omelette avec une bonne idée d’avoir acheté ces champignons hier. poches vous-même sous les yeux, j’ose espérer deux tasses de café, une cigarette sans plus tarder, Claudia à la dernière bouchée, aussi loin que je suis concerné, demandez-moi plutôt comment, mieux que pourquoi, facile à faire vous verrez.

 

je le répète il est encore tôt et voyez-vous, nous sortons d’une nuit élogieuse mais j’ajouterais si vous le voulez bien je recommence mes explications. cela répond-il à vos questions ? non bien sûr, mais elle n’en pose pas. 

 

et toute l’histoire tombe au dehors comme la pluie. 

 

vous prétendiez hier soir avoir un train si tôt ce matin. resterez-vous maintenant que trois heures après midi ont sonné ? nous pourrions dormir à nouveau et si vous le souhaitez ou bien je mettrais d’autres disques après.     

 

mais vous voyez la pluie au dehors et vous songez que vous irez bientôt rouiller vos os par un si funeste dimanche. vous grelotterez dans une gare ouverte aux quatre vents et triste dans un train de banlieue parmi les gens, regardant par la buée, tandis que vous seule savez ce qu’ils ignorent ensemble ?

 

l’air retient la pluie dans les reflets d’immeubles, les arbres sont fouillus d’ombre mais on n’appelle pas l’obscurité une couleur comme la pelouse luit au bout d’une flaque remplie d’eau.

 

ils ont mis leurs visages rasés, tout leur monde très propre dans leur dimanche, ils ont mis leurs vestes et leurs pendants, moi j’ai mis mon pull et j’ai mis l’argent dans ma poche, j’ai mis mon accent dans le calmant j’ai mis son nom dans la langue des gens.

 

il fait froid aujourd’hui c’est déjà l’automne, c’est déjà ce vent et les odeurs de métal rouillé c’est dimanche et c’est déjà pensant à elle comme on pense à la couleur du nickel ou à l’acier poli merci. les voitures ont leurs feux très blancs qui sont des feux qui font mal aux yeux, elles roulent au pas, ou même elles ne roulent pas, la visibilité est si mauvaise. subitement l’allée de platanes et soudain elle a prolongé sa fin. L’allée bordée de platanes d’un coup désertée très loin.  

 

méthodes fiables pour mesurer la densité des gens l’écart entre les allemands présents sur tant de mètres carré. Les gens, si je pouvais j’irais m’expliquer en allant vers eux, à la façon dont je longerai leurs souffles et je leur ferais savoir : votre langue est mon calmant.

 

j’ai les ongles froids qui peut savoir des pensées 

des pensées puis à nouveau plus de pensées

ne faites pas attention à moi

ce n’est rien les ongles seulement

c’est gentil merci 

mais vraiment d’un coup, plus personne et de nouvelles pensées d’elle.

 

personne ne sait où elle est personne ne sait

où elle est

on croit savoir 

l’endroit sur la carte mais elle n’est pas là

elle est juste 

à côté

personne ne sait.

 

 

 

 

 

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