de la nature
(après Empédocle)

1. Ecoute

 

Salut les Muses

Salut les Filles

Vierges & Bras blancs S’il vous plait

Allez 

 

Faites couler de ma bouche un Fleuve. 

 

Sanctifiez mes lèvres. 

Poussez ma voix au dehors, qu’on l’entende.

 

Faites-moi comprendre ce que les Enfants savaient

avant d’arriver.

 

La pensée mortelle peut penser quelque chose, mais sans pouvoir.

 

Tu viens au monde et tu ne peux plus voir 

ce que tu savais

avant.

 

Toi, si tu viens par ici, tu vas apprendre quelque chose, mais pas davantage.

La pensée peut penser quelque chose, mais sans pouvoir.

 

Les forces sont réparties dans le corps. 

Les limites sont étroites. Les maux sont nombreux. Ils émoussent la pointe des pensées. 

Une vie de petit âne, elle le condamne à une mort précoce. 

C’est quoi, la vie d’un petit âne ?

 

Approche.

Tu crains la lumière ? 

Si t’as pas mal aux yeux, lève tes yeux. 

Dans les Hauteurs 

Regarde. 

 

La fumée se dissipe.

Chaque Chose est claire. 

Confiance à l’Oreille. 

Tout est clair. Confiance à l’oeil. 

 

Donne un coup de main à la pensée.

 

Dans ta tête, tais-toi. 

Ecoute.

 

 

 

 

2. Vie incréé.

 

 

Je connais la vérité, elle est pénible : il y a des doutes sur la naissance et sur le pourrissement. 

Veille et sommeil. Mouvement et immobilité. 

Couronne d’or et culotte de merde. 

Silence et parole.

 

Une fois j’ai été un jeune garçon et une fille, 

une autre fois j’étais un buisson et l’oiseau qui le chante, 

et puis j’ai été un poisson muet dans la mer. 

 

J’ai vu les choses qui font dix, vingt vies d’hommes.

 

Je vais dire quelque chose :

 

La vie ne commence pas. 

La mort non plus. 

 

Fatal est périssable. 

Le changement est un mélange. 

La vie est un mélange.

Les êtres sont mélangés.

La naissance est le nom donné à ce changement. 

La mort est le nom donné à ce changement.

Les hommes donnent les noms.

 

Les êtres viennent dans la lumière du jour : 

Il y a des espèces d’animaux des plantes sauvages ou des oiseaux des poissons muets dans la mer. 

 

Alors les hommes disent qu’ils sont nés. 

Pauvres fous !

En donnant les noms, ils se vengent de la mort. 

Les noms demeurent 

et ils se croient vengés.

 

Mais les êtres ne sont pas nés du nom que les hommes leur ont donnés.

Les animaux les plantes sauvages et les oiseaux et les poissons

sont les figures qu’ont pris les éléments mélangés.

 

Les éléments sont mélangés dans la figure d’un être

et les hommes disent qu’ils sont nés et ils leur donnent un nom.

 

Quand les éléments sont mélangés dans la vie, les hommes disent qu’ils sont nés, 

et ils leur donnent le nom d’animal ou de plante ou d’objet.

 

Regarde les êtres, regarde les noms.

les hommes ne donnent pas aux êtres un nom juste, mais juste une mort douloureuse. 

 

C’est la coutume, et je ne fais pas mieux. 

La mort est sans appel.

 

(

cela veut dire que tu ne peux pas appeler la mort.

Essaye toujours.

    )

 

.

 

Hommes débiles ! Etriqués de la pensée. 

Ils imaginent être nés, comme si ils n’étaient pas déjà là. 

Ils pensent qu’une chose peut périr ou être détruite. 

Mais je leur dis

Rien ne peut naître que ce qui est déjà là, de toutes façons.

Ils n’entendent pas cela.

 

Je dis 

Il est impossible, il est incroyable que ce qui est puisse périr. 

Ce sera toujours là. Où vous voudrez.

Ils ne voient pas cela.

 

Je dis aux hommes :

Vous n’êtes pas nés, vous venez d’arriver.

Vous ne vivez pas, vous augmentez.

Vous ne mourez pas, vous déménagez.

 

D’ailleurs, comment pourriez vous mourir, puisqu’il n’y a pas de vide à la place des choses ?

 

Vous êtes ce que vous êtes. 

Mais parfois, précipités dans l’autre, vous entrez dans les détails,

vous devenez des vies comme d’autres vies.

 

Dans tout, il n’y a pas de vide. Pas de débordement. 

En tout cas, c’est tout. 

Et dans le Tout, il n’y a rien de vide. 

Ainsi seulement peut venir quelque chose : quelque chose croît.

 

 

 

3. Amour, Enlacez l’Amour.

 

Allez toi,

écoute un peu.

A l’étude, la sagesse augmente. 

 

Je vais dire deux discours. 

 

A un moment donné, le Seul a formé les Plusieurs. 

Il a été divisé en multiples : du feu, de l’eau, de la terre, et de l’air dans les hauteurs.

 

Il y a une double naissance des choses périssables, et une double destruction. 

La réunion de toutes les choses amène une génération à l’existence. 

Puis à la destruction. 

La plénitude ne craint rien, en dehors de ça.

 

Je l’ai déjà dit, je vais tenir un double langage. 

 

Quand les choses sont dissipées, elles changent de place. 

Si elles s’unissent à un moment, c’est sous l’effet de l’amour. 

Si elles se dispersent, c’est sous l’effet de la haine. 

Elles s’attirent, c’est l’amour. 

Elles se repoussent, c’est la haine.

Elles se battent, ce sont des formes séparées.

Elles s’unissent, c’est l’amour.

En raison de ces effets, toutes les choses ont été, sont et seront. 

 

Je veux parler de ça : le conflit entre l’Amour et la Haine est manifeste. 

Tu le vois dans la mort, c’est facile.

Mais le vois-tu dans la naissance ? C’est plus difficile.

 

Contemple. Pense. 

Ne reste pas assis, les yeux éblouis. 

 

Personne ne compte les bras du soleil.

Personne ne pèse l’eau de la mer.

Personne ne mesure la force de la terre.

 

Oublie les nombres.

Personne ne vit parmi les nombres.

 

Ecoute bien.

Je raconte comment cela a commencé.

 

D’abord un Dieu est heureux dans son cercle de solitude. 

Il n’y a pas de discorde entre ses membres. Il est égal dans toutes les directions. 

Il est tout à fait infini, sphérique et rond, heureux dans son cercle de solitude. 

Il n’a pas de pieds. Il n’a pas de genoux rapides, ni d’organes génitaux. 

Pas de rameaux dans le dos.

Il est sphérique et égal dans toutes les directions, seul, joyeux.

 

D’un coup la Haine devient grande dans les membres du Dieu, 

et tous les membres du Dieu sont éclatés les uns après les autres.

 

Mais quand plus tard le Dieu sera mélangé au Dieu 

en proportion plus élevée,

alors les membres s’aimeront et se réuniront 

au hasard des rencontres. 

 

Ecoute maintenant comment la vie a été créée.

 

Par un écart du Dieu la Haine a continué de couler. 

Elle a coulé vers le Monde et l’a inondé.

Mais dans ce torrent de Haine un amour doux s’est mêlé.

 

Ruisseau d’Amour dans le torrent de Haine,

toutes les choses que tu connais y sont nées, 

mais par morceaux séparés.

 

Hommes et femmes, Bêtes et oiseaux et les poissons qui vivent dans l’eau, 

Arbres et forêts, Volcans et Glaciers,

les atomes insécables et tous les corps composés, 

et même les dieux qui vivent une vie longue honorée,

ces choses sont d’abord nées séparées.

 

Regarde, ce sont des visions étranges et splendides à voir.

 

Sur la terre divaguent des têtes sans cous, 

des bras nus sans épaules, 

des troncs solitaires

et des yeux errants, privés de fronts.

 

Des morceaux d’êtres et de choses éparpillés,

des formes sans intégrité.

 

Des membres séparés ici et là, 

ils errent, 

ils cherchent à s’unir et se perdent.

 

Torrent de haine, trop peu d’Amour.

Il y a des mélanges brutaux, des composés ratés.

Il y a des créatures à la démarche traînante, avec des mains innombrables. 

Des natures d’homme et de femme mêlées sont stériles.

Des gens naissent avec le visage dans le dos, 

d’autres ont des mains sur tout le corps, 

d’autres ont les pieds qui tournent comme des hélices quand ils marchent.

Les vaches accouchent de petits hommes.

Les femmes accouchent de petits veaux.

 

Il n’y a pas encore assez d’amour, mais ça vient.

 

.

 

Tu as compris cela, maintenant tu le sais :

Au début, les membres sont séparés par la haine cruelle, ils errent chacun pour soi. 

Plus tard, ils sont réunis par l’Amour et forment des êtres entiers.

C’est l’apogée de la vie.

 

Mais écoute encore, et ne retiens que cela dans ta pensée :

La vie a besoin d’Amour autant que de Haine.

La Haine sépare les choses au point où elles meurent les unes sans les autres.

L’ Amour confond les choses au point où elles meurent les unes dans les autres.

 

La vie est ce mélange.

 

 

 

4. Si tu veux Savoir

 

 

Marcher de sommet en sommet n’est pas un voyage d’agrément. 

C’est sans fin.

 

Ce qui est juste peut être dit de la même chose deux fois.

 

La vie apparaît sans fin. 

Sache-le.

 

Les choses sont ce qu’elles sont, mais en passant les unes dans les autres, 

elles entrent dans les détails.

 

Que veux tu savoir ?

Comment les arbres grandissent ? 

S’ils s’épanouissent d’air ou de terre ?

Les oliviers font-ils des oeufs ?

Pourquoi les grenades sont-elles lentes à mûrir,

et comment vivent les poissons dans la mer ? 

 

(mais qui est le guide du peuple des poissons ? Qui parle pour les poissons sans voix ?)

 

Ecoute encore, tu vas apprendre quelque chose, mais pas davantage. 

La pensée mortelle peut penser quelque chose, mais sans pouvoir.

 

Bon, je vais te dire d’abord, et avant tout, les météores.

 

Le soleil a les traits accentués. 

La lune est douce, un visage pâle.

Mais la lumière du soleil est rassemblée, puis distribuée à travers le vaste ciel.

 

La lune coupe ses rayons quand elle passe sur le soleil. 

Elle jette une ombre sur la terre.

 

Le rayon de soleil frappe aussi le cercle large de la lune puissante. 

Il se retourne et il repart. 

Il atteint le firmament. Il laisse derrière lui une face libre de peur. 

Un tour de sa lumière est un tour de la terre. 

C’est la terre qui fait la nuit derrière la lumière.

 

La lune solitaire aux yeux aveugles. 

Elle apporte le vent de la mer ou de fortes pluies.

 

Rencontres et chocs dans la précipitation.

Le feu se précipite vers les hauteurs. 

Et beaucoup de feux brûlent sous la terre.

 

La terre augmente sa masse. 

L’air gonfle un volume d’air.

Vapeur de cours d’eau.

 

L’air s’est enfoncé dans la terre avec de longues racines. 

La mer est la sueur de la terre. 

Le sel est solidifié par le choc des rayons solaires.

 

La lumière de l’air est une vaste pensée,

un ralenti qui échappe aux yeux des mortels. 

La lumière douce exprime une fine portion de l’air.

 

La pupille de ton oeil est ronde,

elle est vêtue de membranes et de tissus délicats, 

percés partout de passages merveilleux. 

 

Les rayons de la lumière rejettent l’eau profonde qui entoure la pupille. 

La paupière laisse passer le feu de l’air car il est plus fin.

 

Parmi les yeux, l’Amour est infatigable. 

Si une vision unique est produite par les deux yeux, c'est que l'Amour les a unis. 

 

Parce que du flux des effluents tous les choses naissent et s’écoulent. 

Ainsi le doux s’empare du doux. 

L’amer se précipite vers l’amer. 

L’acide se jette sur l’acide. 

Avec la chaleur, le chaud. 

L’eau s’associe au vin pour l’améliorer. 

Mais elle ne veut pas se mélanger à l’huile. 

Le cuivre mélangé à de l’étain. 

La baie de sureau glauque est mélangée au violet.

 

Et le noir au fond d’une rivière vient de l’ombre. 

On le voit aussi dans les grottes creuses. 

 

La terre se réunit avec l’eau et l’air brillant dans des proportions à peu près égales. 

Soit principalement la lumière, soit en moins. 

 

Essaie, réunis tes yeux dans tes mains.

Ecoute la cloche, et vois le rameau charnu de l’oreille.

 

Toutes les choses inspirent le souffle et l’expirent. 

Toutes les choses ont des tuyaux sous la surface des corps. 

Le sang gît dans les chairs et dans les bouches. 

La surface de la peau est partout percée de pores serrées, 

de sorte qu’elles retiennent le sang, mais ouvrent la voie aux airs. 

Quand le sang clair se retire, l’air chaud s’y précipite en tumultes. 

Il est expiré de nouveau au retour du sang.

 

Le chien a son nez. 

Il flaire les particules des membres animaux, et l’exhalaison de leurs pieds. 

Les traces dans l’herbe molle. 

Toutes les choses ont donc leur part de souffle et d’odeur.

 

Volonté de la Fortune. 

Les choses les moins denses sont unies dans leur chute.

 

Le coeur vit dans une mer de sang. 

Le sang va et vient, en sens opposés. 

Il est essentiellement ce qu’on appelle la pensée. 

Le sang qui entoure le coeur est la pensée des hommes.

 

Avec la nuit, des pensées obscures viennent à l’âme qui songe.

 

Approche. Je vais parler à voix basse.

Ecoute maintenant comment le feu lève la semence des hommes. 

Le désir vient dans les corps, excité par la vue. 

Dans les pelouses divisées des jambes d’Amour 

le désir court 

jusque dans les parties pures. 

Dans sa partie la plus chaude, le sein de la femme produit des mâles. 

C’est pourquoi ils ont la peau foncée. 

et sont plus plus velus.

Quand le désir va aux parties froides, naissent les femelles.

C’est pourquoi elles ont la peau nette

et sont moins brutales.

 

Ecoute comment les enfants naissent la nuit de femmes aux larmes abondantes.

Le dixième jour, la purée blanche est la substance est l’enfant. 

Elle porte le double nom de fromage frais en peau de mouton,

en partie corps de l’homme, en partie corps de la femme.

C’est la naissance qui choisit.

 

 

5. Sagesse

 

La sagesse augmente avec ce qu’on voit. 

Avec la terre, on voit la terre. 

Avec l’eau, on voit l’eau dans l’air. 

On voit l’air vif, c’est le feu qui dévore le feu. 

 

C’est par amour qu’on voit l’amour. 

C’est par la haine mortelle qu’on ne voit que la haine mortelle.

 

Toutes les choses sont formées et bien équipées ensemble. 

C’est grâce à elles que les hommes pensent, qu’ils connaissent le plaisir et la douleur de penser.

 

Contemple les choses créées avec de l’amour et un soin irréprochable. 

 

Mais si tu aspires à des passions d’une autre nature, 

comme de coutume font les coeurs faibles, 

alors une foule de malheurs t’attendent. 

Ils émousseront ta pensée. 

Bientôt, ta vie t’abandonnera pour vivre ailleurs.

Les éléments aspirent à revenir à leur nature propre.

 

Les vents soufflent. Les vagues se lèvent.

La pluie tombe et nourrit la terre. 

Le soleil réchauffe la peau.

Les choses sont infatigables

et toi, si tu le pouvais, tu voudrais contrarier leurs fins ? 

 

Les choses sont bonnes comme elles sont,

et toi, tu voudrais ramener de l’abîme la vie des hommes morts ?

 

Sache que toutes les choses ont de la sagesse

et elle savent ce qu’elles font.

 

Appuie-toi fermement sur l’esprit.

Tu n’as rien de plus à faire :

Donne un coup de main à la pensée.